A la recherche du panda d’eau douce

On cherche à vous manipuler ! En ce moment même une bande de « conversationnistes » s’échauffe les méninges pour faire de vous des écolos aquatiques. Ils recrutent un panda d’eau douce ! Objectif et mission de la bestiole : vous convaincre d’agir pour protéger les milieux aquatiques, enfin, au moins, vous émouvoir pour la cause.

Vous connaissez bien sûr la manœuvre de « l’espèce emblématique » : on vous sert un animal tout mignon, de préférence en voie de disparition, il vous regarde avec de grands yeux désespérés et vous faites un don. L’usine à peluches se met en branle, les ONGs de la conservation se remplissent les poches et les bonnes gens ont fait un truc bien dans la journée. Une affaire qui tourne. Elle a largement fait ses preuves depuis les années 1960, avec le célébrissime panda. Par la suite, ont bourgeonné sur des milliers de flyers et de tee-shirts les macareux, loutres, ours polaires et j’en passe…
Différents travaux de sociologues montrent que la tactique du panda fonctionne. Elle génère déjà un minimum d’empathie, le premier tout petit pas vers une attitude plus « attentive » de la part du public. Donc, 50 ans à bouffer du panda, on ne change pas un truc qui marche et les grands cerveaux de la pub ne se fatiguent pas à trouver autre chose… En tout cas, ils ne sont pas payés pour ça, puisque les scientifiques s’attèlent eux-mêmes à faire la com’ des espèces en voie de disparition.

Vous n’avez rien de mieux à faire ?

Edifiant de vacuité, un article publié dans la revue scientifique Conservation Biology en décembre dernier présente toute une armada de critères pour sélectionner des animaux emblématiques pour la sauvegarde des eaux douces. Outre le propos complètement à coté de la plaque, ce qui nous a fait rire dans cette histoire, c’est le petit hic. Dès qu’on s’approche d’une mare ou d’un ruisseau, le casting n’est franchement pas génial. Pour décrocher un oscar au WWF, il faut avoir le physique ! L’idée étant que le public puisse s’identifier et s’attendrir, la moule perlière est automatiquement éliminée (quoique…). Parmi les poissons aux yeux vitreux, batraciens gluants, insectes dévoreurs et crustacés articulés, je vous la souhaite bonne pour trouver le candidat !
Pas moins de 18 scientifiques ont co-signé cet article de Conservation Biology. Unanimement, ils déplorent l’écrasante domination des mammifères dans les campagnes de sensibilisation (tu m’étonnes !). Par ailleurs, et c’est là où on a envie de dire aux biologistes de faire de la biologie, ils suggèrent d’utiliser des critères « scientifiques », basés sur des considérations comme la place de l’espèce dans l’écosystème, son rôle écologique, etc. Trop sexy ! ça va faire un carton ! Une seule question me vient : ces gens là n’ont pas mieux à faire ? Devant les sempiternels scandales et atteintes aux droits de l’homme qui éclaboussent le monde de la conservation (voir le dernier en date chez Survival), il serait peut être temps d’arrêter de sanctuariser la nature et aller filer un coup de main pour trouver des solutions viables pour tous, humains compris.

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[E.Le]

source: Flagship umbrella species needed for the conservation of overlooked aquatic biodiversity, Conservation biology, 2à décembre 2016

Illustration: à la recherche du panda d’eau douce, collage Micrologie, 2017

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