Rave party chez les pieuvres

Qu’est-ce qui se passe quand on donne de l’ecstasy à une pieuvre ?

Love-love : dernière expérience en date, des chercheurs de l’Université Johns Hopkins ont refilé de l’ecstasy (MDMA) à des pieuvres (Octopus bimaculoides, en l’occurrence). Pas loupé ! Vas-y qu’elles se font des gros câlins, ça s’tâte la ventouse, ça s’mélange les tentacules et ça s’enlace à tour de bras (fois huit !).

Etonnant, non ? Les pieuvres ne fricotent pas les unes avec les autres, sauf, à toute fin utile, pour la reproduction. Gros cerveaux, animaux d’une intelligence supérieure, les poulpes, pieuvres et autres céphalopodes, ne perdent pas leur temps à socialiser, épouiller ou gratouiller leurs congénères. Faut quand même pas les prendre pour des singes ! Les pieuvres sont solitaires. Elles lisent Nietzsche dans leur coin.

Et ben voilà, il suffit d’une petite pilule et c’est toute une posture intellectuelle qui part en vrille !

Electro-poulpe

Si, comme moi, vous vous demandez ce qui motive des chercheurs à droguer des pieuvres, en aparté, interrogez-vous d’abord sur la façon dont ils ont eu l’autorisation  !
En fait, c’est très facile, aux Etats-Unis, chapeau bas, les invertébrés, donc les poulpes, pieuvres, seiches et autres, sont absents de la réglementation sur les animaux de laboratoire (en France, par contre, toute expérience sur les céphalopodes doit être validée par un comité d’éthique). Alors, après, évidemment, la discussion reste ouverte…

Mais revenons au « pourquoi ? » (à part entrer au palmarès du IgNobel)

Les scientifiques considèrent qu’un neurotransmetteur, appelé Sérotonine, a une grande influence sur la sociabilité. Et l’ecstasy, en jouant sur les circuits synaptiques de la Sérotonine, exacerbe la recherche de contact. La drogue provoque l’euphorie, l’amour universel, « on est bien, tout le monde est beau ». Chez les pieuvres, ces espèces d’intello misanthrope (ou devrais-je dire misoctope), l’ecstasy a franchement bousculé leur quotidien, montrant que même des céphalopodes asociales ont conservé quelque part tout l’attirail pour être des bisounours.

En effet, le gène SLC6A4 qui code pour la protéine transporteuse de Sérotonine est bien là. Il est juste « éteint » chez la pieuvre. Et alors, attendez, il ressemble beaucoup à celui que possèdent les humains ! Pour les chercheurs, ceci signifie que ce caractère, dont dépend le comportement social, était déjà présent chez un ancêtre commun aux pieuvres et aux hominidés. Et, ça date ! Les deux lignages (humains et pieuvres) se sont séparés il y a 500 millions d’années. Hein ? Bien avant les dinosaures ? Les êtres vivants tout bizarres qui vivaient sur Terre en ces temps préhistoriques étaient déjà des êtres sociaux ? Beurk, que c’est primitif !

 


Source :

A Conserved Role for Serotonergic Neurotransmission in Mediating Social Behavior in Octopus, Current Biology, sept. 2018


 Illustration :

Rave party chez les poulpes, bricolage Micrologie, 2018

 


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Un commentaire

  1. Philippe
    4 octobre 2018
    Reply

    Y’a pas qu’chez l’céphlopode qui l’est éteint l’SLC6A4, y’a un stock d’hominidés autour de moi qu’ça doit être la même chose, voir disparu. Y pourraient faire des études sur leur cas. D’autant qu’si il apprennent qu’ils ont au moins un commun avec ces bêtes là, qu’la famille s’agrandit,, il va faloir en faire de la distribution d’ecstasy pour les calmer…
    Avec toutes mes bisounours amitiés,
    Philippe

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