Le business du bourdon

Faire du buzz tout en restant discrets, les bourdons auraient mieux fait d’y penser. À trop se faire remarquer, ils se retrouvent ouvriers agricoles spécialisés. Depuis plus de trente ans, les bourdons sont esclavagisés dans les serres pour produire des tomates. Les entreprises qui vendent du bourdon bosseur le claironnent haut et fort : « Ce n’est pas simplement un bourdon. C’est une solution fiable qui garantit une pollinisation maximale », « chaque bourdon effectue inlassablement le travail que l’on attend de lui : il pollinise encore, encore et encore ! », « nos meilleurs bourdons permettent des performances constantes et un excellent rapport qualité/prix ».
Hé là ?! les défenseurs de la cause animal qu’est-ce que vous foutez ?

Éloge de la paresse

D’abord élevé dans une boîte en carton, trimballé dans un camion puis lâché dans une serre pour être mis au boulot au rythme effréné de 50 fleurs par minute, sans sécu ni retraite, le bourdon n’a pas la vie facile.
Dans la nature, bercé par le chant des oiseaux, le cri de la belette et la brise printanière, son bienheureux cousin a un rythme plus tranquille. Et c’est bien là le problème, il est beaucoup trop nonchalant ! Certains biologistes craignent pour sa survie. Las de leur vie de machine ou victimes d’un burn-out, des bourdons commerciaux s’exfiltrent des serres agricoles et envahissent les territoires sauvages. Sereins et flegmatiques, les bourdons indigènes ouvrent grand leur porte et se reproduisent joyeusement avec les gros poilus échappés de l’usine.

D’après les chercheurs, bourdons sauvages et bourdons commerciaux appartiennent à des souches différentes de Bombus terrestris, aux habitudes et tempéraments distincts. Les insectes ouvriers, dûment sélectionnés, sont un peu plus gros et surtout beaucoup plus performants, limite hyperactifs. En laboratoire, les scientifiques ont croisé souches libres et souches d’élevage et observé que les caractéristiques « commerciales » se maintiennent dans les générations suivantes. Les entomologistes s’inquiètent pour les colonies sauvages qui pourraient se voir progressivement transformées par cette invasion. Mazette ! Sommes-nous en train d’assister, impuissants, à l’avènement d’un monde de bourdons hypercompétitifs, notablement efficaces et acharnés au travail ?

 

 

 


[E.Le]

Source : Impacts of commercialization on the developmental characteristics of native Bombus terrestris (L.) colonies, Insectes Sociaux, nov. 2016

Illustration: Le business du bourdon, collage Micrologie, 2016, inspiré par « Les temps modernes », Chaplin, 1936

Facebook
Facebook
LINKEDIN
GOOGLE
http://micrologie.com/le-business-du-bourdon/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *