Le temps des géants

Comment les baleines sont-elles devenues aussi énormes ?

Le goût de l’extrême. Soyons honnêtes, le commun, le moyen ne nous intéresse pas beaucoup. Il n’y a qu’à voir l’intérêt des enfants pour des animaux aussi débiles que les dinosaures tout ça parce qu’ils font trois têtes de plus. « Plus c’est grand, mieux c’est ». Tiens, les baleines bleues par exemple, tout le monde adore les baleines ! 170 tonnes de fascination.
Et bien, profitez-en ! D’une part, il n’en reste plus beaucoup (moins de 25 000), d’autre part, elles n’ont pas toujours été aussi énormes. Alors qu’elles atteignent aujourd’hui 30 mètres de long, elles mesuraient à peine 10 mètres il y a 4,5 millions d’années.

Folie des grandeurs

Publiée cette semaine dans les Proceedings of the Royal Society B, une étude s’est intéressée à cette exubérante évolution. En comparant les fossiles de cétacées conservés dans les muséums avec les données contemporaines, les scientifiques ont pu dater l’apparition d’un tel gigantisme. « Récent » qu’ils disent. Le premier âge glaciaire…

Alors que beaucoup avaient émis l’hypothèse que le gigantisme de la baleine était une stratégie pour échapper aux prédateurs, la récente étude britannique éclaire d’un nouveau jour cette folie des grandeurs. D’après les scientifiques, le changement de taille coïncide avec l’ère de l’abondance, quand il commence à faire frisquet. A mesure que les glaciers se développent, les fontes d’été sont de plus en plus spectaculaires. Avec d’importants ruissellements riches en matière organique, c’est l’explosion du krill, ces micro-crustacés d’eau froide qu’affectionnent particulièrement les cétacés. Scrunch Scrunch, on en avale plein avec une grande bouche ! Efficace, capable de nager loin et vite entre les différents spots de nourriture, les grosses baleines ont prospéré alors que les espèces plus petites ont disparu.

Un grand moment de l’histoire, à noter dans les archives de la vie. Quand les baleines ont opté pour la version XXL, nous avons changé d’époque : voici venu le temps des géants !

Parce que vous me faites rigoler avec vos dinosaures. Une bande de crevettes ! Argentinosaurus découvert en 2013 est le plus gros de ces grotesques reptiles de ciné. A peine 50 tonnes, au max 80, vraiment pas de quoi rivaliser.
A ce jour, la baleine bleue est le plus grand animal connu qui ait jamais vécu sur Terre.

« Bigger is better »

Être plus gros, la clé du succès ! En voilà une intéressante théorie !
D’ailleurs, elle tracasse les scientifiques depuis un bon bout de temps…

En 1887, un paléontologue américain postule que la taille des animaux a tendance à s’accroître au cours de l’évolution. C’est la règle de Cope : « bigger is better » (plus gros, c’est mieux), comme chez la baleine.
Depuis, on ne compte plus les travaux sur le sujet, entre ceux qui confirment la règle et ceux qui la discutent. Et nous nageons en pleine contradiction : il y aurait bien une tendance générale à évoluer vers le plus gros, pour autant, si on regarde les animaux vivant actuellement, la gamme va de 1,8 g pour la musaraigne étrusque, plus petit mammifère connu, jusqu’à notre fameuse baleine. La majorité se trouve autour des 100 g. Outre la température (1), des considérations toutes pragmatiques sont à prendre en compte. Etre grand et fort a un coût, en terme d’énergie notamment, et, finalement, de nombreux mammifères ont assuré en restant modestes.

Le temps des géants est donc une notion toute en nuances et les recherches en science de l’évolution sur la taille des animaux ont encore du fil à retordre. On leur souhaite bien du courage d’ailleurs. Car, aujourd’hui, facteur non négligeable, il faut désormais compter avec l’action de l’homme ! Entre l’exploitation des ressources, pêche, chasse et autre qui prélèvent systématiquement les plus gros animaux, et le changement climatique, le temps des géants touche peut-être à sa fin…
Des travaux ont déjà montré que chez de nombreuses espèces les individus sont plus petits qu’il y a un siècle.
Je me permets donc d’insister, profitez bien des baleines géantes…

 


Source : 

Independent evolution of baleen whale gigantism linked to Plio-Pleistocene ocean dynamics, Proceedings of the Royal Society B, mai 2017

et l’excellente version journalistique de Elizabeth Pennisi dans ScienceMag

Note
(1) loi de Bergmann : sous des températures élevées, les animaux ont tendance à être plus petits. Par exemple, le renard du désert est nettement moins costaud que notre goupil national.


Illustration :

Baleine ou le temps des géants, bricolage Micrologie 2017


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2 Comments

  1. Lablouse
    11 juin 2017
    Reply

    Bonjour!

    De souvenir, existe aussi le fait que le ratio entre la surface et le volume permet de mieux réguler sa température. Je pense que vous devriez y jeter un œil, ça pourrait donner un peu de grain à votre moulin concernant cet article. 😉

    • [E.Le]
      12 juin 2017
      Reply

      Bonjour !
      oui en effet, c’est d’ailleurs une explication de la fameuse loi de Bergmann.

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