Ça gratte !

L’intoxication alimentaire ciguatera débarque en Europe

Chaque année, des centaines de milliers de personnes sont victimes de la ciguatera, une grave intoxication alimentaire. Elles ont pioché le mauvais poisson !… contaminé par une algue toxique. Cela dit, tout le monde s’en fout, ça se passe loin de chez nous, quelque part dans le Pacifique, les Caraïbes et l’Océan Indien.

Et bien, bonnes gens, même si vous n’avez aucune conscience planétaire, il va falloir vous en inquiéter. Votre occidental nombril est concerné, la ciguatera débarque en Europe !
Entre 2008 et 2016, pour ce qu’on en sait, 111 cas ont été déclarés en Espagne, 20 en Allemagne et 10 en France.

Poisson pourri

En Nouvelle Calédonie, on l’appelle la « gratte ». Sensation de brûlures et de décharges électriques, hallucinations, vomissements, diarrhées… la liste des symptômes est longue comme le bras, et ça n’a vraiment pas l’air sympa. Tout ça à cause d’une microalgue, Gambierdiscus toxicus, qui squatte les herbiers et les coraux des eaux tropicales. Les poissons herbivores broutent et se contaminent, d’autres les mangent et, ainsi de suite, la toxine se balade et s’accumule dans les chaînes alimentaires. Leur tour venu, les humains prennent leur dose.

La mer turquoise, le soleil, les cocotiers… un paradis, tu parles ! A l’heure du dîner, quand arrive le plat de poisson, c’est sueurs froides garanties : ciguatera, pas ciguatera ? La toxine est invisible, incolore, inodore et que le poisson soit frit, bouilli ou grillé, aucun mode de préparation ne parvient à la détruire.
Finalement, on est bien tranquille dans sa banlieue ! Enfin, on était…

Poison voyageur

Comment cette toxine des mers tropicales a-t-elle pu se retrouver dans nos paisibles assiettes européennes ?

Situation n°1 : Mauricette rentre de chez sa cousine en Guadeloupe et ramène un énorme barracuda dans sa valise. Drôle d’idée, graves conséquences. A Garges-lès-Gonesse, toute la famille tombe malade !

Situation n°2 : considérant que 40 % des produits de la mer se retrouve sur les marchés internationaux, n’importe quel poisson tropical peut arriver dans un supermarché européen. Impossible à savoir, une fois présentés en filets sous cellophane, tous les poissons se ressemblent.
En 2015, une étude génétique a démontré de grosses lacunes sur l’étiquetage (Fisheries Research). Sur 200 filets de poisson testés, 164 correspondent à des espèces différentes de celles indiquées sur l’étiquette. Dans plus de 80 % des cas, la provenance géographique exacte est manquante, ne respectant pas la réglementation européenne en vigueur depuis 2012.

Situation n°3 : pour l’Espagne (îles Canaries) et le Portugal (Madère), ça se corse un peu. Les cas de ciguatera déclarés sont endémiques ! Des poissons bien de chez nous, comme les Sérioles, sont contaminés. Pour les scientifiques, tout ça serait encore un sale coup du changement climatique. Au cours des 13 dernières années, l’algue a été repérée dans des secteurs où elle n’était pas présente auparavant. Elle gagne en latitude, en Méditerranée, en Afrique de l’Ouest ou au Brésil. A l’heure actuelle, les recherches sont en cours pour expliquer l’expansion géographique de cette saloperie d’algue Gambierdiscus.

Alors, vous faites comme vous voulez, mais j’espère que votre poissonnier sait de quoi il parle… parce que le mien aurait pu tout aussi bien être cordonnier ! La dernière fois que je lui ai demandé d’où venait le poisson, il m’a répondu, trop content de lui : « de Rungis bien sûr ! »

 


Source : 

An Updated Review of Ciguatera Fish Poisoning: Clinical, Epidemiological, Environmental, and Public Health Management, Marine Drugs, mars 2017

Un vaste programme européen vient d’être lancé, pour une durée de quatre ans, afin d’analyser l’expansion de la ciguatéra en Europe et mettre au point des méthodes de détection. En savoir plus sur EuroCigua

Si vous cherchez du poisson « clean », je vous la souhaite bonne ! voir mon enquête « les écolabels ont le mal de mer » pour Alternatives économiques.


Illustration :

Poisson poison, bricolage Micrologie 2017, inspiré de Johannes Vermeer, l’allégorie de la foi, 1674


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