L’écrevisse qui picole

Les animaux solitaires sont moins sensibles aux effets de l’alcool

Hier, après le premier tour, rien ne valait une bonne cuite. Un petit verre pour se remonter le moral, et encore un, et vous m’remettrez ça tavernier, et voilà, ça dérape ! Rires, pleurs, cris, bastons, l’alcool provoque des réactions étranges…

Bienheureux, certains scientifiques s’intéressent aux mécanismes neurologiques qui nous font rouler sous la table ou insulter le premier b.o.f. venu. D’ailleurs, on soupçonnerait presque les chercheurs d’être bourrés quand ils mènent leurs travaux. Prenons par exemple la dernière étude en date sur le sujet : une équipe du Maryland a saoulé des écrevisses pour étudier leur réaction. Des écrevisses ? Et pourquoi pas des ornithorynques !

Alcoolisme invertébré

Je suis tombée des nues en apprenant que de nombreuses études sur l’addiction étaient menées avec des invertébrés, notamment la fameuse drosophile. Finalement, l’écrevisse…
Il paraît même que ce crustacé est un excellent modèle biologique. Testée aux amphétamines, à la cocaïne ou à l’alcool, cette bestiole caparaçonnée a des comportements similaires à ceux des vertébrés, notamment les humains. En gros, désinhibition, agressivité, puis, elle tombe et ne se relève plus.

L’autre avantage avec les écrevisses est qu’on ne s’embarrasse pas trop de la complexité du système nerveux. Un seul neurone suffit. En y plantant une électrode ou deux, les scientifiques décryptent flux et mécanismes.

Du coup, l’expérience menée dans le Maryland est relativement simple : les écrevisses sont dans un aquarium et on ajoute de l’éthanol dans l’eau. Elles deviennent franchement agitées, balancent des coups de queue à leurs petites copines au bout de 20 minutes et se retrouvent sur le dos après 35 minutes.
Mais l’alcool a des effets tordus… les chercheurs ont donc poursuivi la manip’ et se sont intéressés au facteur « social ».
Alors que les écrevisses sont grégaires et vivent en groupes hiérarchisés, les biologistes ont isolé quelques individus et les ont privé de tout contact avec leurs congénères pendant une semaine. Puis, ils les ont plongé dans le bain au tord-boyaux. Et bing, résultat : les écrevisses ermites tiennent mieux l’alcool, elles partent en vrille 8 minutes après celles qui vivent en bande.

Cuite collective

Les animaux solitaires seraient donc moins sensibles aux effets de l’alcool… D’après les chercheurs, la vie en société influence les neurotransmetteurs, ces messagers chimiques type sérotonine ou GABA (acide γ-aminobutyrique) qui inhibent ou activent les, pardon, le neurone responsable de comportements agités chez l’écrevisse. Le fonctionnement du système nerveux change selon l’environnement social et, du coup, l’alcool aura sur lui des effets plus ou moins aigus.

Bien inspirés (ils devaient être en groupe), les scientifiques poussent le bouchon : « si l’isolement social provoque une suppression de la réponse neuro-comportementale induite par l’alcool, il serait raisonnable de s’attendre à ce que les humains augmentent leur consommation d’alcool en situation de solitude ou d’«exclusion», en raison de leur plus faible sensibilité aux effets cellulaires de l’alcool. » Ah, bon ? C’est pas parce qu’ils sont tristes ?

Enfin, moralité, saoulez-vous en groupe, ça vous coûtera moins cher !

 


Source :

Prior social experience affects the behavioral and neural responses to acute alcohol in juvenile crayfish, Journal of experimental biology, fev. 2017 

 


Illustration :

L’écrevisse qui picole, bricolage Micrologie 2017, inspiré de Nighthawks de Edward Hopper, 1942 

 


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