La mouche à l’heure du choix

En cette déprimante période électorale et devant la dégénérescence de nos civilisations, il est tentant de fuir nos responsabilités et de faire porter le chapeau à quelques forces obscures. Lobotomisés par des extraterrestres ? La lune a bougé ? Nous sommes collectivement victimes d’une mystérieuse pathologie idéologique ?
J’ai trouvé beaucoup mieux ! Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles et reprendre une activité avilissante normale. C’est scientifiquement prouvé : de petits êtres étranges et microscopiques nous contrôlent !

Publié hier dans PLOS Biology, une étude vient de montrer que les bactéries qui peuplent l’intestin, membres du fameux microbiome, influencent le comportement et les choix. Je vous l’accorde, ces résultats ont été trouvés chez la mouche drosophile, n’empêche…

Les petits hommes verts

L’alimentation, c’est basique. Choisir les bons aliments est la clé du bien-être et de la survie des êtres vivants. Tu manges n’importe quoi, tu tombes malade et tu meurs. On peut donc supposer que les animaux qui fréquentent assez peu les psychiatres font instinctivement des choix judicieux.
Des chercheurs de l’université de Lisbonne ont creusé la question. Lors de leur expérience, ils ont nourri des drosophiles avec des aliments contrôlés. En privant les mouches de certains acides aminés essentiels, les scientifiques ont observé qu’elles développent un fort appétit pour les petits plats riches en protéines. En quelque sorte, elles font tout pour compenser, les acides aminés étant indispensables à leur reproduction.
En revanche, quand des drosophiles soumises au même régime sont « habitées » par les bactéries intestinales Acetobacter pomorum et Lactobacilli, elles ne se ruent pas sur la nourriture.

Les bêbêtes microscopiques influencent les décisions de la mouche ! Mieux que ça, les scientifiques ont observé qu’en leur présence les mouches non seulement ne se gavent pas, mais ne souffrent pas non plus de déficit. Elles poursuivent une existence normale, notamment font leurs œufs. « Les bactéries intestinales semblent induire un changement métabolique qui agit directement sur le cerveau et le corps » témoigne un des auteurs de l’étude. Les mécanismes en jeu restent pour l’heure assez énigmatiques.

La drosophile cohabite avec cinq espèces majeures de bactéries. Quand on pense que les humains vivent quand à eux avec plusieurs centaines d’espèces de micro-organismes, on imagine les débats houleux qui se jouent dans notre intérieur à l’heure des décisions… (mais a-t-on vraiment le choix ?)

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[E.Le]

Source : Commensal bacteria and essential amino acids control food choice behavior and reproduction, PLOS biology, avril 2017 

Illustration : Vanité, la mouche à l’heure du choix, collage Micrologie, 2017, inspiré de Vanité, Philippe de Champaigne, 1644

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