Un homard chez le spy

La Suisse interdit de plonger les homards dans l’eau bouillante

Ruée de homards à la frontière Suisse ! Des milliers de crustacés passent les Alpes dans l’espoir d’obtenir la nationalité helvétique. Et pour cause, on comprend ces bêtes à pinces, en janvier, la Suisse a émis une ordonnance interdisant de plonger les homards vivants dans l’eau bouillante.

Ça vous fait peut-être rigoler mais cette affaire est on ne peut plus sérieuse. Prenez note bonnes gens, le curseur de la souffrance animale s’est déplacé d’un cran. Passe encore notre empathie pour le chimpanzé, ça remue quand même un peu de se mettre à la place d’un crustacé… Il faut bien l’avouer, on a toujours pris les homards pour des débiles.
Mais voilà, la Suisse a cédé sous la pression des défenseurs de la cause animale et la question que tout le monde se pose : est-ce que c’est une grosse connerie ?

Cortex or not cortex

Voyez-vous, comme il est impossible de conduire un crustacé chez le psy, le débat fait rage dans la communauté scientifique. D’aucuns soutiennent que la réaction pour le moins violente du homard plongé dans l’eau bouillante n’est autre que réflexe, d’autres affirment au contraire que cet animal caparaçonné ressent effectivement la douleur. Mais comment savoir si un crustacé traverse une expérience consciente ? Question hautement philosophique qui, étrangement, s’est longtemps perdue dans des considérations physiques et physiologiques. En comparant la « conscience » des êtres vivants à celle des humains, certains scientifiques (comme Key pour ne pas le citer) déduisent qu’avec un système nerveux relativement simple et surtout l’absence de cortex, invertébrés et poissons sont incapables de ressentir la douleur. Du coup, le raisonnement est super basique : s’il faut un cortex pour avoir mal, ceux qui n’ont pas de cortex n’ont pas mal. Heureusement, chez les chercheurs, il y a des gens qui observent et réfléchissent. Pour Jennifer Mather, spécialiste en psychologie cognitive au Canada : « l’évolution a produit de nombreuses analogies, différentes structures mènent à des fonctions similaires dans des groupes aussi disparates que mammifères, oiseaux, poissons et même invertébrés. » Ben wouais, nous l’avons vu le mois dernier, ce n’est pas parce que l’huître n’a pas d’oreille qu’elle ne peut pas entendre !

Pas automatique

Finalement, il n’est pas si compliqué de démontrer qu’être dépourvu de cortex ne fait pas des homards de simples automates. Un réflexe c’est plutôt standard, toujours la même réaction à une même situation. Or, si les animaux sont capables de compromis, d’apprentissage ou de différentes réactions, ils font un peu plus que de la bête mécanique. Robert W. Elwood, un scientifique de l’Université de Belfast, a montré que des crustacés étaient capables d’apprendre. Ils évitent par expérience des lieux où le chercheur s’amuse à balancer des chocs électriques. Elwood a également observé que crabes et crevettes se frottent longuement une plaie, indiquant à la fois l’emplacement et une tentative d’atténuation des dommages. Ils s’arrêtent quand on leur passe un anesthésiant local. Bon, y’a bien un truc quand même…

Mais entre l’expérience que traverse en tout état de cause le homard plongé dans l’eau bouillante et la douleur, notion que nous avons voulue toute subjective, j’en connais pas mal qui vont encore discuter…


Illustration :

Homards réfugiés en Suisse, bricolage micrologie, 2018, inspiré de Lobster de Jeff Koons, 2003


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