Le rafting des animaux

A la conquête du monde avec un tsunami

Comme si jeter nos détritus par dessus bord ne suffisait pas, les tsunamis s’en mêlent. Dévastant tout sur leur passage, ils envoient balader dans l’océan des quantités incroyables d’objets, allant du petit bout de plastique à des paquebots entiers.
Mais le matos n’est pas perdu pour tout le monde… Les animaux grimpent dessus et font du rafting !

Lors d’une étude publiée ce mois-ci dans Science, des chercheurs américains se sont intéressés de près aux petites bêtes qui voyagent avec les débris flottants. La catastrophe survenue en 2011 au Japon a fait beaucoup de dégâts, un truc grave. Mais pour la première fois, les biologistes ont pu étudier les effets d’une vague géante sur la dispersion de la faune. Ils ont mené l’inventaire sur 634 objets mis en mouvement par le tsunami. Des morceaux de bois incrustés de crustacés, des caisses d’étoiles de mer et même des quais et des navires squattés par les poissons ont parcouru plus de 7 000 km depuis le Japon pour venir s’échouer sur les côtes des Etats-Unis.

Et vogue la biodiversité

Sur ces radeaux de bric et de broc, les scientifiques recensent près de 300 espèces, parmi lesquelles des invertébrés, type mollusques, vers et crustacés, et même des poissons. Tout ce petit monde, un peu secoué mais bien vivant, est prêt pour le rêve américain.
Les arrivées s’étalent dans le temps après le passage du tsunami, avec des pics de diversité observés entre 2012 et 2014 et une baisse du flux de bestioles à partir de 2015. Mais il y a encore des débarquements en 2017, au bout de six ans !
Non seulement les animaux s’accrochent et tiennent le coup mais en plus, certains colons de la grande époque mènent leur vie sur les débris. Comme dans un village flottant, ils se reproduisent et élèvent leurs petits. Les générations suivantes arriveront à quai.

Fi des frontières !

Même si (et heureusement) un tsunami n’arrive pas tous les jours, ce genre de migration à travers les océans n’attend pas la grande vague, c’est de pratique courante. Depuis des millions d’années les bestioles s’aggripent aux bois morts et voyagent.
Rien de bien nouveau. Le scoop c’est la durée de la galère  !

Six ans sur un rafiot, avec des mômes en plus, voilà qui étonne tout le monde. Ah, la modernité ! Les embarcations sont plus solides qu’aux temps préhistoriques. Alors qu’un tronc d’arbre se désagrège assez vite, un bon morceau de plastique ou de fibre de carbone a la garantie Darty. Les bestioles peuvent y survivre, s’y reproduire, s’adapter, voyager plus longtemps et plus loin… ça change tout !

Mondialisation pour tous

D’un côté des mégapoles qui se multiplient en zone côtière, avec un vrai souk non-biodégradable, d’un autre, avec le changement climatique, des ouragans de plus en plus fréquents, on voit bien le résultat : plein de bateaux dernier cri à disposition pour les animaux voyageurs !

Et oui, un monde de merde et aussi un monde d’opportunités !


Source :

Tsunami-driven rafting: Transoceanic species dispersal and implications for marine biogeography, Science, sept. 2017


 Illustration :

Le rafting des animaux, bricolage micrologie 2017, inspiré de Radeau de la Méduse de José Manuel Ballester, 2010, à partir du Radeau de la Méduse de Géricault, 1819

(Le petit poisson est Oplegnathus fascistes qui a effectivement été retrouvé vivant par les auteurs de l’étude dans le puits arrière d’une épave de navire, originaire de Rikuzentakata au Japon et échoué en 2013 dans l’état de Washington)

micrographie

Ballester, La balsa de la Medusa, 2010
Géricault, La balsa de la Medusa, 1819

Exposée au Guggenheim de Bilbao, cette interprétation du radeau de la Méduse de Géricault par Ballester est troublante. Elle est vide. L’artiste espagnol explore l’invisible pour mettre en relief la condition humaine. Grâce aux technologies numériques, il revisite des tableaux de maître, comme ici le fameux radeau de la Méduse, ou encore les fusillades de Goya ou les Ménines de Velázquez. Il efface les personnages, le drame devient silence. Pire !

(source : Guggenheim Bilbao Museoa)

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