Monstre, génie et serpent spirit

Du rôle des animaux magiques pour la conservation de la biodiversité

Saviez-vous que la construction d’une autoroute en Islande a été bloquée à cause de la présence d’Huldufólk (sorte d’elfes) ? Ou encore, que plus de 200 000 personnes se rendent chaque année en Ecosse pour voir le monstre du Loch Ness ?
Alors ? Les créatures magiques sont complètement ringardes ?
Que nenni ! Tiens, dans Game of Thrones, les dragons sont de loin les personnages les plus intéressants de la série. Au moins, avec eux, il se passe quelque chose…

Englués dans nos presse-boutons et nos utilités, nous débattons sur la nature à grand coup d’arguments pratiques. Services écosystémiques, valeur économique, etc. Tout ça reste lamentablement terre à terre. Grave erreur ! Dans un article paru en juillet dans Oryx, trois scientifiques britanniques soutiennent que les animaux magiques ont un fameux rôle à jouer pour la conservation de la biodiversité, qu’il soit positif ou négatif.

La pensée magique

On rencontre des créatures magiques aux quatre coins de la planète, chez nous comme dans les pays du sud. Il y a des êtres mythiques, comme les elfes ou les dragons, mais aussi des animaux, espèces décrites par l’Académie, affublés de super-pouvoirs ou capables de dialoguer avec les esprits (ces compétences n’étant pas reconnues par la science, vous vous en doutez). La distinction entre un troll et un serpent spirit est d’ailleurs complètement artificielle car les populations humaines qui côtoient ces créatures ne font aucune différence. Qu’elles soient imaginaires ou de chair, elles traitent avec elles de la même manière, hors du cadre rationnel auquel nous sommes habitués. C’est la magie qui compte !

En Ethiopie, malgré les nombreuses attaques, les hyènes sont dûment protégées et on aime bien les savoir tout près. Pour cause, leurs hurlements éloignent les esprits malins. Cool !
A Madagascar, les lémuriens sont l’esprit des ancêtres et le malheur s’abat sur quiconque leur touche une oreille.
Par contre, pas de bol pour le aye-aye, il est considéré comme un baroudeur, messager du démon et assassin (faut dire qu’il a vraiment une drôle de tête). Pour conjurer le sort, l’animal est tué et suspendu aux piquets des bords de route.

aye-aye
aye-aye à Madagascar

Les pouvoirs magiques sont donc loin d’être une garantie de survie pour les animaux. Les rhinocéros s’en seraient mieux sortis dans la vie si personne ne croyait qu’ils font des miracles.
Par chez moi, où il n’y a pas un seul poulet dans le village, madame Machin accélère pour écraser un renard. L’acte étant totalement irrationnel, je me demande bien quel attribut fantastique possède cette bestiole…

La pensée complexe

Mais ne simplifions pas les choses, exhortent les auteurs de l’article. Il n’y a pas, d’un coté, les bonnes légendes, celles qui permettent la conservation des espèces et qu’encensent l’UICN et le WWF, et d’un autre coté, des superstitions absurdes qu’il faut contrer à coup de programme éducatif. Dans tous les cas, ces croyances ne sont jamais des faits isolés, détachés du social, du relationnel, de l’économique ou du politique (mazette, encore un « fait social total »?).

Qu’on y croie dur comme fer ou que les mythes aient été revisités pour protéger des territoires, comme dans l’affaire du Loch Ness, ils font toujours sens, quelque part. D’après la publication dans Oryx, la joyeuse bande des animaux fantastiques a été trop longtemps négligée ou mal interprétée par ceux qui s’intéressent à la conservation de la biodiversité. Il serait temps de potasser un peu d’anthropologie et de décrypter ce qui sous-tend nos relations à la nature, hors du prisme rationnel-utilitariste.


Source :

Fantastic beasts and why to conserve them: animals, magic and biodiversity conservation, Oryx, juillet 2017


micro+ :

A propos des Elfes de l’Islande, ou Huldufólk, les êtres cachés, je vous invite à voir l’étrange documentaire, enquête anthropologique, de Jean-Michel Roux, sorti en 2001 : « Enquête sur le monde invisible ».

et concernant le projet d’autoroute, voir l’article du Huffington Post : Les défenseurs des elfes bloquent la construction d’une autoroute en Islande


 Illustration :

Bestiaire fantastique et conservation, bricolage micrologie, 2017, inspiré de détail du Triptyque de la Tentation de saint Antoine, Jérôme Bosch, 1501

micrographie

Le bestiaire de Jérôme Bosch

Jérôme Bosch, la tentation de st Antoine
Triptique de la tentation de saint Antoine

Impossible de parler ici de créatures fantastiques sans faire référence au peintre hollandais Jérôme Bosch du début du XVIème siècle. Stupéfiante, son œuvre contient un des plus fabuleux bestiaire de l’histoire de la peinture. Transposant et transformant des « diableries », représentations propres aux enluminures ou aux gargouilles, le peintre fait défiler une parade de démons et de créatures hallucinantes, pour ne pas dire hallucinatoires.

Au Moyen-âge, l’hybride est perçu comme diabolique et Bosch reprend le thème en inventant des formes d’une liberté et d’une modernité étonnante. Dans une époque troublée, obsédée par l’apocalypse et en pleine mutation, Bosch règle ses comptes avec la folie, la société et Dieu.

Au XXème siècle, l’œuvre de Bosch jouera un rôle incontestable sur le travail du mouvement surréaliste.

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