Détox en herbe

Entretien avec Ludovic Vincent de Biomédé, la start-up qui jardine dans les friches industrielles

Guérisseur des temps modernes, Ludovic Vincent vient de créer une start-up fort prometteuse. Son crédo : dépolluer les sols grâce au génie des plantes.

La détox, c’est le grand truc de notre époque ! Entre les décodeurs, la chasse aux fakes et les tisanes à l’artichaut, on bosse dur pour se débarrasser des saletés.
Et c’est pas du luxe ! Aux dernières nouvelles, en France, près de 300 000 sites seraient potentiellement contaminés suite aux activités industrielles et minières. Sans compter l’état pitoyable des sols agricoles. Cadmium, plomb, cobalt, chrome, arsenic, cuivre, nickel… les éléments toxiques s’entassent sous nos pieds.
Et si on faisait un peu de ménage ?

Merci à ceux qui ont des bonnes idées ! (et qui se bougent !)

Après des études en génie de l’environnement, Ludovic Vincent a choisi l’expérience « grandeur nature ». Basé en Rhône-Alpes, il vient de créer une start-up, Biomédé, utilisant des techniques végétales de décontamination. Fini les tests en pot, Ludovic est sur le terrain, dans la complexité des écosystèmes réels. « L’application se nourrit de la recherche et inversement » nous confie-t-il. Ludovic analyse les sols, détecte les pollutions, établit son diagnostic et propose un traitement naturel de pointe genre phytothérapie. On parle alors de phytoremédiation : un mix de plantes et de technologies vertes.

Si la dépollution par les plantes vous semble un sujet rebattu, détrompez-vous ! En réalité, tout ça ne fait que commencer et nous sommes à peine sortis du stade recherche. La start-up de Ludovic est la première du genre. Elle propose un catalogue de semences « décontaminantes » et le bon mélange de plantes, adapté à chaque situation et à chaque type de pollution.

Certains végétaux sont en effet des « hyper-accumulateurs ». Non seulement ils poussent sur des sols complètement pourris, mais en plus, ils absorbent par les racines puis retiennent dans leurs tissus toutes sortes de métaux présents sous forme soluble dans les sols. On rencontre ces super-plantes dans environ 50 familles botaniques, allant des fougères du genre Pteris qui captent l’arsenic, au tournesol, avaleur de cadmium, jusqu’aux Brassicacées, comme le très compétent Alyssum. Ces plantes sont en général des espèces sauvages, introuvables dans le commerce et pour la plupart desquelles personne, avant Ludovic, ne disposait de semences et n’avait établi d’itinéraire technique du semis à la récolte.

A l’heure des choix

Bien que l’on s’intéresse à la dépollution des sols par les plantes depuis 30 ans, à peine une cinquantaine de sites ont fait l’objet d’une expérimentation en France, pour la plupart dans le cadre de projets scientifiques. « Ces technologies vertes souffrent encore de la concurrence avec les traitements physico-chimiques qui sont pour l’instant privilégiés », explique Ludovic. A l’heure actuelle, pour nettoyer les anciens sites industriels, les sols sont excavés, transportés en camion et traités dans un bain chimique. Encore mieux, comme on ne sait pas quoi en faire, les premiers centimètres de sol sont tout simplement mis à la poubelle, stockés en centre d’enfouissement technique.
« Il faut bien se rendre compte que ces traitements physico-chimiques ne sont possibles que sur de petites surfaces et surtout, ils sont très chers », souligne Ludovic.
Résultats : seuls la pression foncière et les enjeux économiques motivent le grand ménage. Partout ailleurs, sur des sites « orphelins » et là où le mètre carré n’attire aucun promoteur immobilier, les sites sont laissés à l’abandon avec leur lot d’arsenic, de plomb ou de cadmium post-industriel. Ça lessive, ça ruisselle, finit dans les champs et… dans nos estomacs. « De très grandes surfaces sont contaminées, avec des risques pour la santé, mais pour l’instant rien n’est fait, déplore Ludovic. Notre idée est d’impulser les traitements par phyto-extraction et d’affiner les techniques en multipliant les expériences. » Avec sa start-up, Ludovic mène déjà plusieurs opérations pilotes intégrées à l’économie réelle avec des industriels et des agriculteurs.

Vous le savez, une start-up n’est pas une entreprise comme les autres, elle innove, invente, teste. Ludovic, bien convaincu et franchement motivé, veut faire avancer le dossier et démontrer l’efficacité des techniques végétales. D’ailleurs, il ne compte pas faire ça tout seul ! Il prévoit notamment un projet en sciences participatives pour mettre les gens de bonne volonté à contribution. L’idée : tester des plantes, dénicher les plus efficaces et en trouver de nouvelles. Ludovic développe actuellement un kit DIY pour faire progresser les connaissances.

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et si vous avez des questions à transmettre à Ludovic ou des remarques, n’hésitez pas à les poster dans la rubrique commentaires.

 


micro+ :

chroniques cartographiques sols

Pollution des sols :

Le blog « chroniques cartographiques » a réalisé une carte interactive à partir de Basol, la base de données du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable, histoire de voir ce qu’il y a près de chez vous… ICI

 


 Illustration :

Détox en herbe, bricolage micrologie, 2017, inspiré des Glaneuses, de Jean-François Millet, 1857

micrographie

Vous connaissez certainement tous et toutes Les Glaneuses de Millet, une œuvre au moins aussi célèbre que son Angélus.

Les Glaneuses de Jean-François Millet

L’artiste illustre la condition d’une paysannerie pauvre qui ramasse sur le sol ce qui reste après la récolte. Jean-François Millet est de ces peintres réalistes qui subliment un sujet social grâce à une composition habilement pensée. Avec une approche d’anthropologue, construite au fil de ses années d’observation de la vie rurale, le peintre détourne le style de composition classique, habituellement réservé aux scènes religieuses ou mythologiques, pour montrer le quotidien. « Peintre et penseur », comme le qualifiait Odilon Redon, Millet construit ici une puissante critique sociale en opposant le geste âpre des glaneuses, scientifiquement décrit, avec un second plan où brille l’abondance des moissons chez les gens de bien. Inventive, poétique et engagée, l’œuvre de Millet a inspiré de nombreux artistes, notamment Edward Hopper.

Pour info, et si vous êtes dans le coin, à partir du mois d’octobre, le Palais des Beaux-Arts de Lille propose une rare rétrospective sur Millet et son influence sur l’avant-garde américaine.

J’ai choisi cette toile aujourd’hui car je ne peux pas m’empêcher de sentir dans cette histoire de pollution des sols comme un parfum d’inégalité territoriale, pour ne pas dire d’injustice sociale. Véritable scandale sanitaire, des techniques trop coûteuses sont actuellement privilégiées, brevetées et au main des lobbies de la dépollution, laissant des hectares à l’abandon… en France dans les territoires en déprise où personne n’ira investir et, bien sûr, dans les pays du sud, en Afrique ou ailleurs, là où l’activité minière et industrielle fait des ravages. D’après une étude parue dans Vertigo en 2012 à propos de la dépollution au Gabon, les coûts de traitement par les plantes seraient de 100 à 10 000 fois moins élevés que les techniques physico-chimiques.

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Un commentaire

  1. Russelldante
    29 août 2017
    Reply

    Merci pour ce blog et ces informations, continuez !

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