Aie aie aie Tequila !

Biologistes et producteurs de Tequila s’associent pour sauver les chauves-souris

Ami(e)s des chauves-souris, on peut aller boire une Margarita ! L’agave bleu, cette spectaculaire et très respectable plante, mère du Tequila et du Mezcal, va refleurir !

Chauve-souris, agave et tequila, cocktail détonnant !

L’agave n’est pas un cactus mais en a tout l’air et, comme ses cousins du désert, ses fleurs s’ouvrent la nuit. Du coup, la plante s’est choisi un allié noctambule, plutôt arriba-riba ! Ce sont les chauves-souris nectarifères qui la pollinisent, notamment l’espèce au nom trop bien choisi de Leptonycteris yerbabuenae (1).
Mais l’essor industriel du Tequila au Mexique a mis la chauve-souris au régime sec, finies les nuits de folie. Dans les plantations d’agaves, la tendance est morose, repiquage à la chaîne, et les producteurs récoltent la plante avant sa floraison. Couic, plus un gramme de nectar pour yerbabuena !

Des biologistes, amoureux des chauves-souris et certainement grands amateurs de Tequila, sont montés au créneau. Ils ont calculé que si, sur un hectare, seulement 220 agaves fleurissaient, plus de 90 chauves-souris pourraient se nourrir chaque nuit. Pris à plus large échelle, sur l’ensemble des cultures d’agaves, 5 % des plantes laissées en fleurs représentent le repas de plus de deux millions de chauves-souris par mois ! 5% pour deux millions, il y a peut-être moyen de négocier…
D’autant que l’agave est lui aussi fragilisé. Les méthodes de cultures ont appauvri sa diversité génétique. Les plantes ne sont autres que des clones, très sensibles aux épidémies. Dans les années 1990, un champignon a bien failli tout dévaster. Un peu de sexe, de swing de chauve-souris et de pollinisation croisée ne feraient vraiment de mal à personne…

Batman au bistrot

Depuis des années le biologiste Rodrigo Antonio Medellín se bat pour ces drôles de bêtes volantes. Une vraie star le monsieur : héros d’un documentaire de la BBC, lauréat du prix Rolex pour la recherche, au National Geographic, etc, etc. Programmes de sensibilisation, protection des grottes, il a même réussi à convaincre quelques fabricants de Tequila de laisser fleurir les agaves. Apparemment, ça va déjà mieux pour L. yerbabuenae. Son statut reste sensible au niveau international (UICN), mais au Mexique, l’espèce a commencé à récupérer et le gouvernement l’a retirée de la liste des espèces en danger d’extinction. Chapeau amigo !

Comme les super-héros se font toujours des amis, en 2015, notre bon chiroptérologue mexicain s’associe à David Suro, patron de bistrot à Philadelphie et fondateur du projet “Tequila Interchange Project” (TIP) . Ensemble, ils montent un plan de sauvetage de grande envergure. En décembre 2016, le projet avait déjà aidé à produire 300 000 bouteilles de Tequila labellisée bat-friendly (respectueux des chauves-souris).

ça c’est rock’n roll ! Je pars tout de suite à la pêche aux infos pour savoir si ce Tequilla « pour chauves-souris » est importé en Europe… Restez en ligne ! rien que pour la bonne cause !

 


Source :

Save Our Bats, Save Our Tequila: Industry and Science Join Forces to Help Bats and Agaves, BioOne, oct 2016

Sobre murciélagos, agaves y tequilas, Semana Sostenible (Colombia), fev. 2017

Le projet TIP

Note (1) : yerbabuena est le nom sud-américain de la menthe, on l’utilise dans bon nombre de cocktails, notamment le célèbre Mojito !


Illustration :

Tequilla et chauve-souris, bricolage micrologie, 2017, inspiré des Calaveras mexicaines (tatouage la jupette de Jeannette) et chauve-souris Leptonycteris yerbabuenae, photo de Merlin Tuttle

micrographie

Histoire des “Calaveras mexicanas”

Tout commence au XIXème siècle quand un célèbre caricaturiste mexicain, José Guadalupe Posada, dépeint la petite bourgeoisie en beaux habits avec une tête de cadavre ! Une satire ouverte, critique de la prétention à adopter des mœurs européennes et se distinguer des locaux, alors que ces bourgeois sont indigènes, il n’y a pas plus autochtones qu’eux ! Des illustrations de nantis à têtes de squelettes se multiplient dans la presse et sur les murs, ridiculisant cette classe sociale qui renie ses origines et sa culture et révélant « la doble cara » (la double face) des dominants et l’hypocrisie des politiques. Dans les années 1950, Diego Rivera utilise lui aussi l’image dans une de ces peintures murales, un cadavre portant un très chic chapeau en plumes d’autruche, au style très parisien : richesse des apparences, vide de l’existence…
La critique sociale rencontre alors une tradition qui remonte à l’époque pré-hispanique, la « fête des morts ». Ces deux manifestations participent à leur manière à l’émancipation sociale, aidant le peuple mexicain à vaincre ses peurs. Le jour de la fête des morts, les femmes se maquillent, se figurent en cadavre et revêtent des habits exubérants : une bonne blague pour montrer à la mort qu’elle ne leur fait pas peur !
« La mort est démocratique, en fin de compte, les ratés, les pauvres ou les riches, tout le monde finit en cadavre », José Guadalupe Posada

Résumé et traduit de Guadalupe Vargas, calaveramexicana.

 


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