Biopiraterie on-line

Avec l’entrée en vigueur du protocole de Nagoya en 2014, on croyait les peuples indigènes et les pays du sud enfin protégés de la biopiraterie. Que nenni ! D’après un récent article de la revue Science, c’était sans compter sur les ribambelles de séquences ADN stockées dans les bases de données.

L’accord de Nagoya, aujourd’hui ratifié par 99 pays (les Etats-Unis n’ayant pas signé), prévoie le partage juste et équitable des bénéfices tirés de l’exploitation des ressources génétiques. Par exemple, une entreprise pharmaceutique européenne qui développe un médicament à partir du génome d’une plante tropicale a désormais l’obligation de trouver un terrain d’entente avec les Etats d’où le végétal est originaire ou avec les communautés autochtones qui l’utilisent depuis des temps ancestraux. Pas si facile à mettre en œuvre … quoique encore, une plante reste bien palpable et il est toujours possible de savoir où elle a été récoltée. Mais que se passe-t-il quand la dite ressource génétique est virtuelle, c’est-à-dire sous la forme d’une séquence ADN dans une base de données ?

ADN en boîte

Oui, braves gens, ça fait belle lurette que les laboratoires et les firmes de l’agrobiotech n’envoient plus grand monde se faire dévorer par les moustiques à la recherche d’une plante magique ou d’une bestiole qui résiste à tout. Les scientifiques travaillent à partir des milliers de bases de données génétiques existantes. Ils extraient la séquence ADN d’un gène producteur d’une enzyme intéressante chez une araignée par exemple, l’installent bien au chaud dans une super bactérie ou n’importe quel autre organisme de culture et la mettent au boulot. Copier-coller. Mieux encore, parce que les bases nucléiques A, C, T et G de l’ADN, « l’écriture  du vivant », sont converties en code informatique binaire, il est possible de rédiger des séquences. Depuis l’avènement de la biologie synthétique, plus besoin d’un support vivant, un code suffit. Pourquoi se fatiguer à isoler un gène alors qu’il est possible de commander on-line une séquence chez DNA2.0 (une « biofab » ou fonderie comme le disent joliment les américains) ?

Nous sommes déjà bien loin des plantes chamaniques de la forêt amazonienne… et le protocole de Nagoya ne serait-il pas légèrement obsolète ? Interviewé par Science, Jim Thomas, du Groupe ETC (Action Group on Erosion, Technology and Concentration), ironise : « c’est comme d’avoir signé un protocole pour réguler le trafic des cassettes VHS à l’heure de YouTube. »

D’après Science, encore peu de bases de données génétiques renseignent sur l’origine de la séquence et l’échantillon dont elle est issue. Dans ces conditions, difficile de retrouver le pays source et de partager les bénéfices d’un brevet… la réglementation a un sacré train de retard et les juristes du pain sur la planche!

 


Source : 

Rise of digital DNA raises biopiracy fears by Kelly Servick, Science, nov.2016


Illustration :

Biopiraterie, Collage Micrologie, 2016, inspiré par « Forêt vierge au soleil couchant », Henry Rousseau, 1910

 


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