Comment j’ai tué un poisson en me brossant les dents

Ça rend les dents plus blanches, la peau plus douce, les lèvres plus brillantes… Il en aura fallu de la pétrochimie pour arriver au résultat Ultrabright ! Des milliers de microbilles de plastique contenues dans les cosmétiques s’écoulent de mon bête lavabo. Elles rejoignent l’océan et intoxiquent lentement mais surement plancton, poissons et autres tortues.
Depuis les premières alertes sur les effets dévastateurs des microplastiques, suivies de l’incroyable campagne « Beat the Microbead » de 2012, le dossier a fait de nettes avancées. Chapeau ! La mobilisation a porté ses fruits. De nombreux Etats, dont la France à travers la loi Biodiversité de 2016, ont statué. Les microplastiques utilisés dans les cosmétiques seront bannis en 2020. L’industrie a même pris les devants. Unilever, Johnson&Johnson, L’Oréal et autres géants de la beauté annoncent la suppression des affreuses billettes d’ici à 2017.
Très bien, closed case.
Hep là, pas si vite ! Il reste quand même un léger souci. Ces microbilles sont certes minuscules, mais là, nous sommes en train de parler de quantités énoooormes. La crème exfoliante qui trône dans ma salle de bain contient à elle seule plus de 300 000 microbilles. Et il y en a partout : dentifrice, shampooing, maquillage, déodorant, crème solaire, produits pour bébé, vernis à ongle et j’en passe. Plus de 280 000 tonnes de ces microbilles seraient utilisées chaque année. Vous comptez remplacer ça par quoi ? des noyaux d’abricot peut-être ?

Bien sur, pour quelques uns d’entre nous, il y aura toujours les recettes maison, les éponges japonaises ou les produits naturels qui vont bien (en imaginant que ces matériaux naturels soient issus d’une production ou d’une récolte respectant normes sociales et environnementales…). Cela dit, la cosmétique est un marché géant et il est ici question de production de masse, pour ne pas dire à moindres frais. On peut supposer que l’industrie a déjà sous le coude des alternatives.

Et le gagnant est…. le polyhydroxyalkanoate (PHA). Un bio-plastique ou biopolyester produit par des bactéries à partir de la dégradation de sucres ou de lipides, en clair toute sorte de déchets organiques issus de l’agriculture et de l’industrie. Des bactéries génétiquement modifiées devraient rentabiliser les coûts de production. Aux Etats-Unis, deux firmes travaillent d’arrache-pied, TerraVerdae BioWorks et Mango Materials, et passent désormais à l’échelle industrielle.
Pour le moment, le PHA, super candidat tout repeint de vert à la substitution des dérivés du pétrole, développe ses arguments. Mais il est bien jeune le pauvre… Les mêmes ONGs qui militent pour la disparition des microplastiques s’inquiètent déjà du manque de tests fiables réalisés sur ces biopolymères. Il faut bien avouer qu’à l’heure actuelle les scientifiques indépendants s’intéressent peu au sujet. Les études et publications ne se bousculent pas. La dégradabilité de ce biocandidat n’a rien de garanti et surtout on ne sait absolument pas comment il va réagir une fois évacué dans l’environnement.

Rendez-vous dans dix ans, on en reparlera avec les poissons, si ils sont toujours là…


[E.Le]

Illustration: Microplastic in Cosmetic, Collage Micrologie, 2016

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