Razzia sur les concombres de mer

Les ravages de la pêche aux holothuries dans les communautés locales

Les holothuries, c’est de l’or en barre ! Au lieu de ricaner chaque fois que vous en trouver une sur la plage, vous feriez mieux de vous en inquiéter. Méprisés en France, met prisé ailleurs sur la planète, les holothuries sont des crottes de luxe qui se monnayent de 50 à 400 dollars le kilo. « Quand tu le secousses il mousse ».

C’est pas drôle. La communauté scientifique et la FAO tire la sonnette d’alarme. Cette histoire craint vraiment. Les concombres de mer sont exploités depuis au moins 400 ans. Les aborigènes australiens en faisaient le commerce bien avant l’arrivée des européens. Aujourd’hui, on les pêche dans plus de 70 pays et, à l’échelle globale, ces animaux inoffensifs sont sur la corde raide. Les stocks sont surexploités, 16 espèces sont déjà inscrites sur la liste rouge de l’UICN, considérées comme vulnérables ou en danger d’extinction.

Va voir ailleurs si j’y suis

Mais rien n’arrête la fièvre du concombre et quand s’épuisent les réserves quelque part, on va chercher plus loin. L’Asie ne peut plus fournir, le marché se rabat de l’autre coté du Pacifique, au Mexique.

Une étude publiée dans Global Environmental Change montre que cette récente conquête de l’Est menace les communautés locales de pêcheurs. Tout va très vite, ne laissant aux populations aucune chance de s’adapter et de trouver leur propre stratégie pour gérer le flot de nouveaux venus : pêcheurs étrangers, patrons et commerçants. Dans un communiqué de presse de l’UBC (University of Britisch Colombia), l’auteure de l’étude explique que ce nouveau business bouleverse « les modes de gestion locale des ressources, les revenus, la santé et la sécurité des pêcheurs, augmente les conflits sociaux et affecte la cohésion sociale dans la communauté. » D’après la chercheuse, « la manne financière potentielle pousse les pêcheurs locaux à prendre de plus en plus de risques. Les stocks de concombres de mer sont épuisés et les pêcheurs doivent plonger plus loin, avec des conséquences désastreuses. » Un journaliste du New York Times  rapporte qu’à Celestún au Mexique, plus de 30 pêcheurs d’holothuries ont péri suite à un accident de décompression entre 2009 et 2013.

Pas la peine de tergiverser, le marché mondial des produits de la mer est une vraie chienlit ! Un carnage dans les océans et sur la faune sauvage, une plaie ouverte pour les populations locales. Les auteurs de l’étude le compare à une épidémie et conseillent d’agir vite pour arrêter le massacre !

 


Source : 

Catching sea cucumber fever in coastal communities: Conceptualizing the impacts of shocks versus trends on social-ecological systems, Global Environmental Change, juin 2017

en complément : Sea cucumber fisheries: Global analysis of stocks, management measures and drivers of overfishing, Fish and Fisheries, 15 14(1):34-59, mars 2013

Et si vous ne savez pas à quoi ressemble une holothurie, il y a plein de jolies photos sur Wikipedia


Illustration :

La guerre du concombre de mer, bricolage Micrologie 2017, inspiré de Tres de Mayo, Francisco de Goya, 1814


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